L’étrange marché du travail des développeur(euse)s

Le marché du travail des développeur(euse)s est un secteur qui recrute en masse mais qui fait rêver personne. Un marché de tous les extrêmes. Des développeur(euse)s divas qui ont des agents et d’autres qui galèrent à trouver un job car pas au niveau. Un marché avec le plein emploi et un chômage qui augmente. Une partie du recrutement qui spame absolument tout le monde avec des robots de l’enfer et l’autre qui fait carrément du recrutement open source. Et au milieu de tout ça tu as les développeur(euse)s en poste qui dansent non-stop sur les dernières technos sinon leur CV n’est plus attractif. Assieds-toi confort, aujourd’hui je te fais un topo de tout ce bordel.



Les geeks du premier rang

Pour comprendre tout ça il te faut déjà le contexte. Je t’apprends rien quand je te dis que développeur(euse) est un métier où y’a du taf. Tu le sais parce qu’on te chouchoute et on t’appelle king coder. On te parle pas de l’offre et de la demande mais carrément de pénurie. Pôle emploi en position latérale de sécurité quand il se rend compte qu’il y a 1,5 candidat par poste à pourvoir. Le rapport de force que tu as aujourd’hui est hallucinant.

De la France au Canada et dans le monde entier c’est tournée générale de pénurie. Tout le monde est en galère et ça depuis un bon moment. Et normalement, dans une situation pareille, les gens finissent bien par voir qu’il y’a un billet à se faire. En quelques années tu les vois tous débarquer, avec les dents qui rayent le parquet, pour rééquilibrer tout ça et fin de l’histoire. Oui bah non. Non pas chez nous ! Et y’a plein de raisons à ça.





La première raison c’est que la jeunesse est persuadée que t’es un plouc. Un espèce de geek au premier rang avec les cheveux gras qui fait joujou avec son ordinateur. Non mais je te fais des blagues et tout mais c’est la réalité ce que je te raconte là. C’est vraiment comme ça que ta profession est perçue. Tu fais pas rêver la relève. Au moment où cette relève doit choisir sa formation et son avenir elle pense pas à toi. Quand je pense à ça j’imagine une conseillère d’éducation qui dit : “Tiens regarde après ton BAC tu peux devenir plouc, y’a grave du boulot, ça te dit ?”.

Et c’est le premier paradoxe de ton secteur : un métier d’avenir ignoré par la jeunesse . Franchement c’est assez tragique. En particulier pour la part féminine de la profession qui, malgré ce que l’on croit, n’arrête pas de décroître. Malgré tout ça, y’a quand même des gens qui décident de devenir développeur(euse)s. Et là c’est encore plus le bordel !



Formation sous MDMA

Ceux qui prennent tout de suite les cursus normaux, sur plusieurs années, après le bac type Master/DUT ou autres n’ont pas tant de soucis que ça. Mais avec un marché pareil tu as beaucoup de reconversion. Et c’est là que les fameuses formations de 9 semaines pour devenir développeur(euse) full-stack pour seulement 7 500 euros entrent en jeu. Elles se sont toutes mises à faire la danse du ventre devant ceux qui cherchent une solution rapide.

Le problème c’est qu’on ne résout pas une pénurie en bourrant la tête des gens comme des sauvages et en espérant que ça passe. Ça passe pas. Exit les années d’algorithmie à apprendre tous les algos de tris et le fonctionnement des patterns POO. Aujourd’hui rien à foutre on a pas le temps on les jette là-dedans en leur disant que la base c’est pour les faibles. Allez là ! Prends-toi tout de suite du framework dans ta gueule ! Toujours plus ! Toujours plus vite !





La vérité c’est qu’il n’y a pas de pénurie de développeur(euse)s. Il y a une pénurie de développeur(euse)s au niveau exigé. Que ces gens sortent de ces écoles ou d’un autre endroit. Les postes disponibles sur ce marché du travail sont pas très junior friendly. Vindieu que les postes sont exigeants aujourd’hui. Que ça soit le poste de rockstar fullstack devops à l’ultra expert hyper pointu de ReactJS y’a de moins en moins de place pour l’apprentissage.

Et ça constitue le second paradoxe de ce marché du travail. De plus en plus d’efforts pour créer des développeur(euse)s et une pénurie qui ne fait que gonfler. Les entreprises sont très frileuses à prendre quelqu’un en dessous de 3 ans d’expérience. C’est difficile de leur en vouloir quand on voit les enjeux autour des développeur(euse)s. Ce qui fait que, malgré la pénurie, quand une personne se présente avec peu d’expérience c’est souvent compliqué. Surtout que les recruteurs eux s’intéressent le plus souvent à des gros profils car justement plus compliqués à dénicher.



Recruteur(euse)s de l’extrême

Je peux pas te parler de ton marché du travail sans parler de ton recrutement. Et dans un marché du travail ou y’a des postes en pagaille mais personne pour les occuper il se passe des trucs étranges. Déjà une partie du recrutement se transforme littéralement en robot. Ça envoie des convois de mass mailing comme des gros sales avec des variables de moteur de template au milieu. Une sorte de pêches aux gros dégueulasses avec à l’intérieur une opacité déconcertante sur les boulots en eux-mêmes.

Plusieurs fois par semaine je reçois, à quelques secondes d’intervalle, les mêmes annonces que mes collègues avec la variable du nom qui a changé. Je suis en CDI Javascript NodeJS à Montréal. Du coup ils me proposent régulièrement un stage en Java dans un coin paumé. Si ça fait un moment que tu es sur ce marché je suis prêt à parier que tu as une expérience similaire. Contrairement à la plupart des marchés du travail chez nous le rapport de force n’est pas du côté du recrutement. Ça se voit énormément.





J’ai jamais entendu du bien quand le sujet recruteur tombait sur la table. Pourtant leur boulot c’est de t’accompagner dans ta carrière et de te faire évoluer vers tes envies. Tu es censé leur faire confiance mais au lieu de ça je vois beaucoup de méfiance. Voir même de rancœur pour ceux qui ont eu une mauvaise expérience. Mais bordel elle est folle cette situation quand même ! Et encore une fois ça me fait halluciner comment on ne sait rien du taf qu’ils nous proposent dans leur mail à la con. C’est comme si quelqu’un veut te vendre des fruits dans un marché mais qu’ils refusent de te les montrer, c’est débile !

En réponse la presque totalité des développeur(euse)s ignorent purement et simplement toutes les annonces reçues. Qu’elle vienne de Linkedin, des réseaux sociaux, des mails, de l’espace ou du Mordor c’est même tarif pour tout le monde. Face à ça, des recruteur(euse)s ont réagi de façon étonnante et radicale. Vous connaissez le recrutement open-source ?





La différence entre les deux démarches est énorme. En fait c’est la démarche exactement opposée. Et c’est la bonne démarche à mon humble avis. Si tu veux tout savoir sur le recrutement open source je te conseille cet article. Ça fait du bien de voir cette transparence et ça fait gagner du temps à tout le monde. Il faut que tous ensemble et de toutes nos forces on encourage cette façon de faire. Qu’on se tourne naturellement vers les gens qui ont cette démarche. Il faut que ça devienne la norme.

Qu’on arrête avec tous ces requins qui veulent nous vendre leurs postes à la con car ça les arrangent eux. Il faut qu’on soit accompagné dans une recherche de travail, quelqu’un qui nous apporte de la valeur. Il nous faut quelqu’un de notre côté qui nous coach pour arriver à nos objectifs. Car il y a quelque chose qu’on a tendance à oublier bien au chaud dans nos postes en CDI. Malgré ce marché de malade mental, personne n’est irremplaçable.



Développeur(euse)s en sursis

Ton métier de développeur(euse) est compliqué. Je vais pas revenir sur le fait que c’est un boulot à part je t’en ai déjà assez parlé sur ce blog. Par contre je vais encore te faire chier sur un truc : l’apprentissage continue. Je sais que tu en as plein le cul d’entendre ça mais c’est important. C’est chaud si tu t’arrêtes de danser sur les dernières technologies.

Le dernier paradoxe de ce marché du travail c’est que le chômage augmente de façon inexorable dans une situation de plein emploi. Et l’une des raisons c’est la vitesse à laquelle les choses évoluent dedans. Toi, comme tous les développeur(euse)s de la terre, tu es obligé de bouger avec les nouveaux métiers et tendances du marché. Sinon tu deviens obsolète et ça peut être périlleux pour la suite. La plupart des développeur(euse)s se régalent à apprendre des nouvelles choses donc ça pose pas de problème. Et ceux qui en savent toujours plus en veulent toujours plus.





On va parler salaire et on va plus particulièrement parler des salaires en France. Les développeur(euse)s qui continuent à évoluer dans leurs métiers s’attendent à ce que les compensations suivent. Et le problème c’est que c’est pas le cas en fait. Si on compare avec ce qui se passe dans les autres pays c’est désespérant en fait cette affaire. Quand un poste est disponible sur le marché il est souvent très en dessous des attentes des développeur(euse)s côté thunes. La pénurie des développeur(euse)s Français est nourrie par la pénurie des salaires Français.

Évidement ça pousse de plus en plus développeurs à tenter l’aventure de l’expatriation. Je me suis moi-même expatrié il y a déjà 3 ans. Je ne l’ai pas fait seulement pour le salaire mais c’était évidemment une des raisons principales. Et je ne le regrette pas une seule seconde aujourd’hui. Clairement je me vois mal revenir en France pour le moment. Comme tous les développeur(euse)s Français que j’ai pu croiser en voyageant.



Épilogue

Le marché du travail des développeur(euse)s a une bonne réputation de merde, filtrant fortement le nombre de personnes qui s’y intéressent. Ceux qui essayent d’y rentrer malgré tout font face à un mur d’apprentissages qui freine énormément les nouvelles arrivées de talents. Dans les autres secteurs l’offre et la demande font baisser les yeux des candidats. Ici c’est pas le cas. Ici c’est toi le roi. Et à condition que t’aimes ça danser, tu vas rester roi longtemps.

Qui me parle ?

jesuisundev
Je suis un dev. En ce moment je suis Backend Développeur / DevOps à Ubisoft. Je suis passionné du dev et j'écris comme je parle. Je continue à te parler quotidiennement sur mon Twitter. Tu peux m'insulter à cette e-mail ou le faire directement dans les commentaires juste en dessous.

Commentaire(s)

  1. Je rajouterais aussi qu’en France, celui qui produit est considéré comme l’ouvrier, en bas de la hiérarchie, le besogneux.
    Et aussi parce que la voie naturelle de progression de hiérarchie, c’est “chef” de projet. ( de moins en moins mais soyons clair, tout le monde n’est pas dans le bassin parisien)

    Tout te pousse à faire autre chose que dev !

    1. Je suis tout a fait d’accord !

      Il y a quelques annees, j’etais en alternance et je faisais de la MOA. Quand je demandais aux devs des conseils pour basculer du cote tech, ils me regardaient avec des yeux enormes et me disaient “Tu te rends compte que d’habitude c’est l’inverse ?? On va plutot du dev vers la gestion de projet normalement !”

      1. J’ai un collègue qui à 47 ans est repassé du côté dev car il adorait trop la technique et moi, en tant que dev, je refuse d’entendre parlé d’évolution de carrière vers chef de projet !

  2. Super article !
    J’ai le même profile techno que toi, jusqu’a il y a 6 mois je recevais des offres “sur mesure” via Linkedin maintenant cela semble s’essouffler pour laisser places à des post passif sur Linkedin qui finalement ne sont pas plus mal mais je reçois désormais également des mails très générique du genre

    J’ai visité ton profil tu correspond exactement à ce que l’on recherche… inscrit toi sur notre nouvelle plateforme

    ne mentionnant jamais une seule compétences précise ni même mon nom/prénom en me relançant 2/3 fois /semaine.

    Je crois que j’en suis bien a 3 plateformes de ce genre et ça devient réellement pénible car dur de différencier les vraies recherches des recruteurs et ces gens là…

    1. On parle bien de ceux qui, au bout de la 3e relance, s’inquiètent parce que tu ne reçois peut-être pas leurs emails, et qui trouveraient désastreux que tu puisses rater l’opportunité de les avoir 15 mn au téléphone ?

  3. Merci pour la mention à notre blog sur le billet “Les développeurs sont-ils des enfants gâtés ?”. Je publierai votre article demain sur les comptes sociaux de ma société (comme souvent, j’adore ce que vous dites !) et je ne peux qu’être d’accord dans quasiment tout ce que vous avez écris !

    Si je puis me permettre, je voudrais citer d’autres billets non pas pour faire de la pub de ma société mais pour donner d’autres éclairages et explications 😉
    – “Pourquoi les développeurs ne font plus confiance aux recruteurs ?” : https://www.jobopportunit.com/blog/6
    – “Recruteurs IT, arrêtez avec vos annonces sans âme !” : https://www.jobopportunit.com/blog/11

    Et encore une fois, je suis à 100% derrière vous sur plein d’autres choses :
    – la veille et la formation continue : c’est le plus important de tout. J’ai fait l’erreur dans ma 1ère vie de ne pas le faire et je me suis retrouvé au fur et à mesure sur des projets de moins en moins intéressants car je perdais mes compétences face à l’évolution des technos…
    – la fausse pénurie qui est surtout un manque de compétences chez les demandeurs d’emplois.
    – le fleurissement un peu partout d’écoles qui forment les gens en quelques semaines et qui promettent monts et merveilles. Du grand n’importe quoi très souvent !
    – le manque d’attraction de l’informatique et du métier de développeur auprès des jeunes. Combien de fois ai je eu cette discussion avec les écoles et les directeurs de formation qui galère à trouver des étudiants “motivés” par le secteur !

    Heureusement qu’il y a plein de gens bien qui font l’effort de s’intéresser à leur métier et aux candidats qu’ils recrutent. Vous citez très justement Shirley mais il y en a plein d’autres. Noyés dans la masse de la médiocrité de ceux que fait une majorité de nos collègues (sans les justifier ni les blâmer), difficile d’émerger ! J’espère à mon modeste niveau inculquer cela aux recruteurs de mon cabinet et une autre vision du recrutement…

    C’est ce qui m’avait motivé il y a quelques années à changer de métier : vouloir réconcilier les dev et les recruteurs 🙂

  4. Effectivement c’est un vrai fossé, qui continue de se creuser, entre developpeu(rs|ses) et recruteu(rs|ses). Le fait est qu’il ya autant de savoir-faire que de savoir-être dans le premier métier : on peut être très doué pour résoudre des problèmes et complètement hérmétique à l’échange (sans même oser mentionner la critique); du coup cette personne peut être autant un atout qu’un poids mort dans l’entreprise. Et ça, ça ne se voit pas sur le CV… Concernant les tentatives des recruteurs, j’ai publié un billet sur cette mauvaise direction très caricaturale de penser que parler babyfoot et mentionner le BBQ du vendredi soir est un gros plus attractif dans une annonce de recrutement : http://jerryleecooper.com/post/hype-numerique-developpement-web

  5. Salut, je fais parti des devs bac+2 qui ont fait d’autres choses entre temps et qui essayent de reprendre en auto-didacte,
    j’ai 23 ans et dans les bouches-du-rhône j’ai passé une vingtaine d’entretiens en 9 mois.
    Quand j’étais en stage étant donné que je travaillais bien tout le monde voulait me coopter, et maintenant on ne me laisse plus ma chance c’est vraiment une mauvaise sensation.
    C’est le client qui décide à 100% et ils sont VRAIMENT très frileux…
    J’hésite même à renoncer !

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